Cette statue du 16e siècle qui évoque la passion du Christ est un beau témoignage de la richesse du patrimoine local. Elle a été classée aux monuments historiques en 1975.
L'HISTOIRE
Le Christ aux liens, ou Bon Dieu de pitié, comme on dit plus volontiers en Lorraine, évoque un moment de la Passion du Christ : une pause dans la montée de la colline du Golgotha sur le chemin de la crucifixion. La situation se prêtait particulièrement à une mise en scène intimiste du Christ dans l’attente de son supplice, que les artistes des anciens Pays-Bas méridionaux, dont Marange était le jalon sud, ont pris grand soin à exprimer pendant le 16e siècle.
La statue appartient à une production géographiquement restreinte, correspondant à l’archiprêtré de Rombas et à la zone d’influence des abbayes de Saint-Pierremont et de Justemont. Par son style, elle s’inscrit dans la tradition de l’atelier du Maître de Mairy, sculpteur de la région de Briey, actif à partir de 1500.
Le Bon Dieu de pitié était autrefois associé à l’ossuaire, dans l’ancien cimetière qui entourait l’église. Il a été déplacé place de Narpange à une date incertaine, peut-être à la Révolution française, ou plus vraisemblablement en 1912, au moment de la démolition de l’ancien cimetière. Il est alors devenu la propriété d’un particulier. En 1958, M. Eugène Voltz, architecte des Bâtiments de France, signale son intérêt au cours d’une visite à Marange. Par arrêté du 14 avril 1975, il est inscrit sur l’inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés parmi les monuments historiques. La commune le rachète en 1981 pour pérenniser sa protection.
DESCRIPTION
La statue a été taillée dans un monolithe en pierre de Jaumont d’un mètre de haut. L’usure témoigne d’une exposition prolongée aux intempéries. Des traces de peinture sont visibles dans les plis et les creux.
Le décor est campé de manière traditionnelle : le Christ est assis sur un rocher, dépouillé et entravé, coiffé de sa couronne d’épines. Au pied du rocher, deux crânes symbolisent la colline du Golgotha. Un petit crapaud, créature peu fréquente dans le thème, renvoie à la présence du diable dans notre monde.
La posture du Christ n’exprime ni relâchement ni crispation. Il se tient droit, les muscles galbés mais non saillants, les membres inférieurs parallèles mais non joints, les bras légèrement écartés du tronc. L’avant-bras gauche repose sur les cuisses contre le ventre, la paume de la main tournée vers le haut. L’avant-bras droit est au-dessus au niveau des poignets entravés. Les cordes passent derrière lui et descendent en une courbe ample pour lui enserrer les chevilles.
La tête est enserrée d’une couronne d’épines formée de deux branches entrelacées. On y remarque des trous qui accueillaient autrefois des clous de bois ou de métal formant les épines. Les cheveux ondulés se déploient de chaque côté sur les épaules. La fine moustache file sur les joues pour se confondre dans une barbe bien taillée aux boucles symétriques. Sous les sourcils bien marqués, les paupières supérieures retombent mais les yeux sont ouverts. La bouche aux lèvres fines est à peine entrouverte.
Le personnage ici représenté est tout entier dans le monde. Son corps, sa posture, ses traits expriment la douleur et la fatigue ; sans doute la certitude du moment ultime avec la résignation, mais sans démission : il reste fidèle à sa condition d’homme. Nous vous renvoyons aussi à l’inscription de la porte dite des lépreux, qui est de la même époque : « Patientia vincit omnia » : la patience (l’acceptation de la souffrance) triomphe de tout.
Loin d’une certaine raideur dans l’expression vue par certains, on trouve ici, dans un frémissement, le passage de l’icône au réel, du symbole à une presque incarnation. Dans une mise en scène très classique du thème, l’ensemble témoigne chez son auteur d’une expérience du métier, d’une maîtrise de l’anatomie d’observation et d’une grande sensibilité qui le libèrent des canons de ses prédécesseurs.