Les racines du culte de la Vierge Marie sont anciennes. Les chrétiens la priaient et demandaient son intercession au moment du jugement dernier. En 1670, une confrérie du Mont Carmel avait été établie à Marange. La notoriété de cet ordre religieux, reposait sur la tradition selon laquelle la Vierge serait apparue en 1251 au Supérieur général de l’Ordre et aurait assuré de sa protection ceux qui portent le scapulaire, vêtement commun des moines. En se pliant à quelques règles de vie, en particulier la récitation quotidienne du Petit office de la Sainte Vierge, et surtout en portant ce scapulaire, les Marangeois membres de la confrérie bénéficiaient de ce privilège au même titre que les membres de l’ordre.
La dévotion envers Notre-Dame de Lourdes s’inscrit donc dans une continuité : une autre apparition, cette fois à une adolescente pyrénéenne en 1858 ; mais un espoir autre cette fois, celui de la guérison ici-bas grâce à l’eau d’une source miraculeuse. La même ferveur pour Marie que les Marangeois célèbrent chaque année le dimanche qui suit sa Nativité (8 septembre), en plus de la fête patronale (le dimanche qui suit la Saint Clément, patron de l’église). Précisons que le contexte historique particulièrement agité est alors favorable à cette ferveur :
– les tensions politico-religieuses issues de la Révolution sont encore présentes ;
– les épidémies font des ravages : le choléra en 1855 et 1866, suivi de la fièvre typhoïde ;
– conséquence de ces épidémies, la création d’un nouveau cimetière et l’éloignement des morts, bouleversement dont nous ne saurions évaluer aujourd’hui le ressenti pour les familles ;
– les terribles combats d’août 1870 qui se déroulent à quelques kilomètres sur le plateau ; les cris de souffrance et l’odeur de la mort qui se propagent dans les hôpitaux de campagne présents dans le village ;
– le passage des soldats, les réquisitions de vin, de nourriture et de foin, les dégâts causés aux propriétés ;
– les conséquences de cette guerre : pour la France, la fin du Second Empire et le retour de la République, mais pour les Marangeois mosellans, c’est l’annexion à l’Allemagne et la soumission à l’empire de Guillaume II.
Il est vrai que la dévotion a été rapide et immense, le département de la Moselle étant celui qui a vu le plus grand nombre de répliques de la grotte de Lourdes (les chapelles sont moins nombreuses). Cependant, rien ne nous autorise à extrapoler sur les motivations personnelles du couple marangeois.
À la fin du 20e siècle, une procession de fidèles se rendait encore jusqu’à la chapelle à l’occasion de l’Assomption de la Vierge Marie. On pouvait lire dans le bulletin paroissial de septembre-octobre 1964 : « Le 15 août eut lieu le traditionnel pèlerinage à Notre-Dame des Vignes. Une foule recueillie alla implorer ou honorer la bonne Vierge, tandis que la cloche dans son nouveau clocher égrenait sa note grêle. »
Son nom a évolué au cours du temps : chapelle Notre-Dame de Lourdes, chapelle Notre-Dame des Vignes (1959), et plus simplement chapelle des Vignes (1980). C’est sous ce dernier nom qu’elle est devenue au fil du temps le repère patrimonial de Marange-Silvange, le rendez-vous des artistes et l’emblème du vignoble renaissant.
En février 2024, elle a été intégrée au domaine communal par arrêté municipal, passant ainsi de lieu de dévotion privée à celui de dévotion publique, ce qui assurera dans l’avenir sa protection et son entretien.
En septembre 2025, à l’occasion de ses cent cinquante ans, elle a été restaurée par l’artiste Alain Porte sous l’égide de la fondation du Patrimoine, avec la participation financière de la commune et de donateurs privés.